GAZIO

Exposition en ligne des tableaux de gazio. Les dernières toiles. L'actualité et les evènements autour du peintre.

04 mars 2008

EXPO GALERIE 3F

Les Peintures GAZIO -  Février 2007

Retrouvez les !!!

Galerie 3F - 58, rue des trois frères - Paris 18 ème

du 10 au 16 mars 2008

EXPO_3F_023

Acrylique sur toile - 116 x 89 cm

EXPO_3F_020

Acrylique sur toile - 116 x 89 cm

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Acrylique sur toile - 120 x 40 cm

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Acrylique sur toile - 81 x 65 cm

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Acrylique sur toile - 55 x 46 cm

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Acrylique sur toile - 65 x 54 cm

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Acrylique sur toile - 65 x 54 cm

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Acrylique sur toile - 41 x 33 cm

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03 mars 2008

GAZIO Par Yann Kerninon

Errance, opinion et vérité

Ce que la peinture de Gazio est… et ce qu’elle n’est pas

Par Yann Kerninon*

« L’individu est comme la vague qui se soulève à la surface de l’eau. Elle ne peut s’en séparer tout à fait. Et elle retombe très vite dans la masse solidaire qui l’engloutit. Elle retombe toujours dans le mouvement irrésistible de la marée qui la porte. Mais pourquoi ne pas se soulever encore et encore et encore ? »   Pascal Quignard – Les ombres errantes

            Les sages, les poètes et les artistes n’ont pas d’opinion. La peinture de Gazio, donc, est une peinture sans opinion. Elle n’est même pas « conceptuelle », encore moins « engagée », « militante »… Elle ne juge pas la vie, ni les êtres. Mais elle se penche sur eux, les regarde, les observe. Et elle leur rend hommage. C’est pourquoi, malgré tout, elle nous dit quelque chose et elle est politique.

            La peinture de Gazio fait sourire. Bestioles bizarroïdes rappelant la BD, bateleurs humanoïdes sur le point de tomber, pochetrons alcoolisés sur le zinc accoudés, grosses bonnes femmes, seins à l’air, chevaux-girafes hirsutes, chiens-fakirs improbables mais curieusement intégrés au commerce des hommes… Son bestiaire en deux dimensions, collé sur des décors bancals à la perspective volontairement douteuse nous jette à la figure le cirque de la vie, ses animaux, ses clowns… les clowns que nous sommes ! 

            La peinture de Gazio fait sourire. Certes. Mais elle nous fait sourire de notre propre sort. Elle risque donc aussi de nous en faire pleurer… Car derrière chaque clown, chaque « bestiole », chaque bourgeois-à-chapeau ou chaque femme à l’air tendre transparaît – qui donc ne le voit pas ? – toute l’errance des hommes, notre mélancolie et la mort.

            Que fait-il celui-là avec ses maracas ? Il ne sait pas jouer mais il essaye d’apprendre, sur-le-champ, pour séduire la nénette qui est là, tout au fond – mais qui ne le regarde pas. Et qui regarde un autre… Un autre qui est seul. Tout seul avec la lune. Et qui ne la voit même pas – la nénette tout en bas… Mais que font-ils ces deux là ? Ils se montent l’un sur l’autre ! Pédérastie ! Outrages aux bonnes mœurs ! Mais les juges derrière leur estrade se poussent du coude et se marrent et le chien yogi, lui aussi, semble très satisfait. Alors ça va… Un hippopotame dans une galerie d’art interrompt le dialogue d’un clown funambule et d’une petite girafe… Des cubes géants s’effondrent sur quelques imbéciles qui ont l’air tout surpris d’être tout d’un coup morts… Bref, c’est la vie ! C’est les hommes. C’est nous… In girum imus nocte et consumimur igni nous dit le fascinant palindrome de Virgile : « nous tournons dans la nuit et sommes consumés par les flammes ».

            La peinture de Gazio n’est pas dans la tendance, mais elle est dans l’époque : absurde, mélancolique, animale et violente. La peinture de Gazio fait sourire, mais elle n’est pas très drôle. Elle nous dit « un monde merdique et complètement dingue », comme disait Richard Huelsenbeck il y a déjà un siècle. Un monde qui tombe en ruine. Un monde désenchanté où s’agitent les hommes. Un monde où Dieu est mort.

            La peinture de Gazio pourrait nous faire pleurer, mais elle nous fait sourire parce qu’elle nous parle d’amour et pas du désespoir. La peinture de Gazio nous parle du cul des femmes ! « Cul » s’entendant ici au sens métaphysique ! Le cul qui dit la lune, le cul qui dit le monde, le cosmos, les planètes… Le cul qui dit le style, la manière de danser, de marcher, de s’asseoir, de séduire. « Ton style c’est ton cul », disait l’autre, sans la moindre vulgarité et avec une infinie tendresse.

            Gazio peint les femmes comme un objet de désir, mais aussi et surtout comme un objet d’espoir, un passage vers un salut possible et une rédemption. Une blonde à peau blanche donne et cache à la fois sa pudeur. Une brune callipyge aux seins gonflés d’orgueil joue soudain sa timide et son effarouchée ! Deux chipies sur un banc se taquinent en jouant les lesbiennes du dimanche. Les femmes…

            Lorsqu’il peint des femmes, Gazio peint l’amour tout entier. Du coup il peint aussi un homme. La rencontre de l’homme avec la femme. Puis leur capacité à se pencher l’un vers l’autre pour expérimenter un tout petit baiser. Il nous parle également de la capacité des êtres à s’enlacer, la possibilité de ne pas se déguiser, d’être nu, d’être là – juste présent à l’autre – hors de la mascarade. Il y a beaucoup de couples dans les toiles de Gazio. Des couples effrayés, des couples qui ont souffert, des couples un peu tristes qui ont beaucoup pleuré. Une femme sur une chaise en position fœtale et derrière elle un homme qui ne sait pas trop quoi faire, qui l’enlace et la serre sur son ventre pour tenter d’absorber sa douleur – inconsolable, intolérable – tant bien que mal.

            A la fois triste et joyeux, désespéré et enthousiaste, utopiste et sans illusion, passionné et lucide, l’homme que décrit Gazio est à l’image des funambules récurrents et malhabiles de ses toiles. L’homme tient sur le fil tendu entre sa naissance et sa mort par sa seule aptitude à rejouer sans cesse son équilibre, à le repenser à chaque pas ou à chaque tour de roue de son monocycle. Pour que le chien yogi l’admire et l’applaudisse, il lui faut tous les jours réinventer son innocence et se dire, malgré ses échecs répétés, qu’il parviendra un jour à décrocher la lune. 

De l’animalité et du chaos des œuvres de Gazio transparaissent, diaphanes et fragiles, une capacité des êtres à la tendresse et à la bienveillance, une aptitude à la vie et une faculté à s’élever, fut-ce au risque de la chute, vers quelque chose de plus haut qu’eux. Une capacité, pour chaque homme, malgré tout, à être digne au sein de l’errance…  Un projet politique au-delà de l’opinion.

* Yann Kerninon est philosophe, pédagogue et artiste. Il a notamment publié Moyens d’accès au monde (Manuel de survie pour les temps désertiques) – Ed. Le Bord de l’Eau. Site web : www.yannkerninon.com


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